La rumeur amuse
Jeudi 15 avril 2010
Pierre Charon dénonce un “complot” qui lui a valu d’être puni en quelque sorte, privé de réunion d’état major sarkoziste, pour crime de lèse-majesté. Homme de confiance hier, pestiféré aujourd’hui, le voilà en quarantaine dans son bureau, on a peine à y croire. Mais à qui profite le crime ? “C’est Nicolas Sarkozy qui a voulu communiquer dessus. Lui qui passe son temps à mélanger vie privée et vie publique est pris à son propre piège”, analyse Dominique Wolton, directeur de l’Institut de communication politique du CNRS. Au moment où Nicolas Sarkozy est au plus bas dans les sondages après le cuisant revers des régionales, cela ressemble comme deux gouttes d’eau à une belle campagne de désinformation. Pendant que les gens ont les yeux fixés sur le couple présidentiel et leurs atermoiements, Eric Woerth, sabre au clair, règle le compte des retraites à la hussarde. Si Carla et Nicolas Sarkozy font mine de tourner la page des “rumeurs”, c’est pour mieux les actualiser. Mais qu’en est-il au juste ? Comme d’habitude, les lampistes trinques, du moins c’est ce que l’on prétend. Si c’est à la manière de Xavier Darcos, on comprend mieux comment toute rébellion est tuée dans l’œuf, à coup de nominations prestigieuses. Il est beau l’exemple venu d’en haut ! On décapite face aux médias des têtes d’hydre présidentielle à grands coups de communiqués. A l’ombre des cabinets elles repousseront aussitôt, sous d’autres traits, d’autres titres, plombant un budget réservé aux conseillers de tout poil et le métamorphosant en gouffre sans fond.










Alors que cela fait six semaines que plus de 5000 sans-papiers sont en grève, Darcos et Besson menacent les employeurs de ces derniers. Ce sera un “arsenal complet de lutte contre les abus” comme “la fermeture administrative des établissements employant des étrangers en situation irrégulière” ou “l’inéligibilité à tout appel d’offres public ou privé de toute entreprise qui aurait employé” des sans-papiers, a précisé le ministre de l’immigration sur France 5. Besson a assuré qu’il ne voulait “plus de tartuferie en la matière”. “Si des étrangers en situation irrégulière sont exploités sur notre sol par des réseaux mafieux, c’est aussi parce qu’ils trouvent sur notre sol des employeurs et des exploiteurs qui abusent de la situation”. A quoi doit-on s’attendre quand le ministre annonce qu’il “allait prendre dans les 48 heures qui viennent une circulaire qui va préciser les critères” de régularisation par le travail des sans-papiers ? Eric Besson lance par ailleurs que les élites de gauche “nient les réalités”, une gauche qui, dans son ensemble, prône la régularisation. L’exploitation du débat sur l’immigration et les sans-papiers sent bon le rendez-vous politique.

